Depuis la nuit des temps, les grandes puissances se sont toujours détestées. Cela a débuté entre les Grecs, les Romains et les Carthaginois, lorsque chacun désirait accéder à un essor supérieur aux autres, notamment sur les plans navals, militaires et commerciaux. Puis, vinrent les rivalités entre la France et l’Angleterre, du Moyen-Age avec Jeanne d’Arc jusqu’au Premier Empire avec Napoléon contre Nelson. La Prusse et l’Allemagne tentèrent par la suite une hégémonie sur l’Europe entière, avant que la Russie et les Etats-Unis ne se mettent à s’affronter et que ces derniers s’opposent désormais à la Chine.

Comme la particularité des champions est de vouloir rester seuls en piste, voire même jusqu’à ce que la «volonté de puissance» s’impose, comme l’aurait qualifié Nietzsche, ces rivalités n’ont rien d’étonnant.

Selon les philosophes, ce désir de suprématie est inhérent à l’Homme pour qui le but premier n’est pas d’accéder au bonheur, bien qu’il prétende le contraire, mais bel et bien de demeurer le seul vainqueur, ou du moins pouvoir prétendre l’être. Il faut avoir un niveau intellectuel particulièrement élevé pour s’éviter, tel Talleyrand, de tomber dans cette caricature.

En effet, le ministre des affaires étrangères de Napoléon avait bien compris que remporter une bataille n’était pas suffisant pour assurer un degré de paix solide mais qu’il était nécessaire de savoir également s’imposer sur le terrain de la négociation, en concluant d’importants accords commerciaux. Malheureusement, Napoléon en a décidé autrement…

Fort heureusement, notre monde actuel possède la bombe atomique, sans quoi Russes et Américains, et aujourd’hui Américains et Chinois, se seraient entretués depuis longtemps, à l’image de ce qu’ont fait autrefois l’ensemble des grandes nations.

Malgré tout, d’autres formes de guerre existent aujour­d’hui, telle la guerre commerciale ou celle du piratage informatique.

Il existe toutefois un bémol à ces affrontements: la mondialisation capitaliste. Bien que diabolisée, elle n’en est pas moins une source de paix réelle car, sur ce terrain-là, il est avéré qu’on ne tue pas ses propres clients! Pour preuve, si Chinois et Américains rêvent de belligérance, l’équation s’avère délicate pour les asiatiques puisque les Etats-Unis sont leur premier client. Ainsi, quand ces derniers vont mal et réduisent drastiquement leurs importations en provenance de l’Empire du Milieu, celui-ci se retrouve rapidement dans une position incon­fortable.

A l’inverse, les Américains sont grandement tributaires des fonds que leur prête la Chine.

Les derniers chiffres donnent d’ailleurs le vertige: le niveau d’endettement américain officiel s’élève à quelque 22.000 milliards de dollars, auxquels s’ajoutent 70.000 milliards de dollars hors bilan! Privé de leur banquier chinois, les Etats-Unis s’éc­roul­e­raient, entrainant dans leur chute le monde entier et le banquier lui-même.

Seul le moteur du profit peut contrer toute tentative de rivalité entre ces deux nations car, prêtes aux plus grands affronts, elles ne sont malgré tout pas disposées à perdre leurs propres bénéfices.

Autrefois, on envoyait ses armées conquérir une autre nation mais, aujourd’hui, on tremble devant ce qui pourrait déstabiliser ce nouveau marché qu’on ne voudrait voir saboté.

Aussi, il est fondamental que ces potentiels clients se portent très bien! Paul Valéry a dit «Les grands évènements ne sont peut-être tels que pour les petits esprits. Pour les esprits plus attentifs, ce sont les évènements insensibles et continuels qui comptent». Tel est bien le cas avec la mondialisation capitaliste qui a changé la donne par rapport à ce qu’ont vécu nos ancêtres, car toutes nos nations étant désormais imbriquées les unes aux autres, comment ne pas comprendre que nos profits et notre prospérité reposent à présent essentiellement sur les autres?

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